Pourquoi "Giroflée-girofla" ?

Publié le par Properce

Quelques personnes de ma connaissance me demandent pourquoi avoir nommé l'adresse de ce blog ainsi. "Giroflée-girofla" passe en effet pour une chanson pacifiste. Il est bien vrai que le pacifisme n'est pas ma passion dominante, et que je n'ai aucun jugement moral a priori contre la violence. Ni pour d'ailleurs. Mais voici quelques notations qui, du reste, pourraient assez bien illustrer l'idée générale qui anime ce blog pour le moment.

Sources

A part ce fait qu'elle appartient désormais à un répertoire de "gauche", je sais peu de chose sur l'origine de cette chanson, et je n'ai pas eu le temps de faire de plus amples recherches. Mais voilà ce que je relève de plus certain à partir du Web. Les paroles sont de Rosa Holt, poétesse allemande anti-nazie, réfugiée en France, et ont été publiées en 1935 dans un recueil posthume de l'auteur. La musique est d'un certain Henri Goublier fils, inspirée d'une ronde enfantine du même nom, et créée en 1937 au Caveau de la République. Quelques sources affirment que les paroles et la musique sont de Rosa Holt, ce qui me paraît vouloir dire seulement que la poétesse, connaissant cette fredaine, a écrit les paroles "sur l'air de", et que la mélodie de base a ensuite été harmonisée par Goublier fils. La chanson est bien connue par l'interprétation qu'en a faite Yves Montand, dans les années 50. Voilà pour la strate contemporaine. Au XIXème siècle, une opérette du même nom a été composée par un certain Charles Lecoq. Voilà ce que je sais : n'ayant pas eu le temps de mener des recherches plus poussées, je suis preneur de toute autre indication qu'on pourrait me donner, en particulier sur cette cette belle figure qu'est Rosa Holt.

Explications

Pourquoi ai-je nommé ce blog ainsi ? Par pure intuition du moment. Rétrospectivement, je peux dire que ça correspond tout à fait à une Stimmung déjà ancienne, par laquelle je trouve quelque chose d'irrémédiable dans les malheurs du temps. Mais ce pessimisme est contrebattu par la grande gaieté du thème musical, ce qui produit une oxymore captivante : non seulement, la destruction n'empêche pas de chanter et de danser, mais il y a même une certaine intensité jubilatoire à le faire sous de pareilles conditions (cela dit sans complaisance). Dans "Périclès et Verdi", Deleuze écrit en substance qu'on ne pense vraiment des choses nouvelles qu'au milieu des ruines. Les ruines actuelles sont, entre autres, celles de la politique contemporaine, menée à un point de délabrement pour la pensée et l'action collectives jamais atteint depuis que je suis en âge d'avoir une mémoire politique..

De sorte que le thème Giroflée-girofla, entendu tout à la fois comme structure musicale, galéjade de blog, ou un "faire catleya" d'une écriture légère dans une conjoncture pesante, ressemble assez bien à ce que le même Deleuze appelle une ritournelle. Voici ce qu'en écrit l'un de ses commentateurs les plus avisés :

« La ritournelle se définit par la stricte coexistence ou contemporanéité de trois dynamismes impliqués les uns dans les autres. Elle forme un système complet du désir, une logique de l’existence (ou une « logique extrême et sans rationalité »). Elle s’expose dans deux triades un peu différentes. Première triade : 1. Chercher à rejoindre le territoire, pour conjurer le chaos, 2. Tracer et habiter le territoire qui filtre le chaos, 3. S’élancer hors du territoire ou se déterritorialiser vers un cosmos qui se distingue du chaos (Mille plateaux, p. 368 et pp. 382-383 ; Pourparlers, pp. 200-201). Seconde triade : 1. Chercher un territoire, 2. Partir ou se déterritorialiser, 3. Revenir ou se reterritorialiser (Qu’est-ce que la philosophie ?, p. 66). (...) La ritournelle mérite deux fois son nom : d’abord comme tracé qui revient sur soi, se reprend, se répète ; ensuite, comme circularité des trois dynamismes (se chercher un territoire = chercher à le rejoindre). » (François Zourabichvili, Le vocabulaire de Deleuze, Ed. Ellipses, 2003, pp. 74-75.)

Je ne saurais mieux dire.

Publié dans Giroflée-girofla

Commenter cet article

mamazerty 17/04/2013 13:44


je tombe par hasard sur ce commentaire qui me parle, je me permets de mettre un lien vers lui dans un article présentant la chanson sur mon blog prochainement....

paris 8 philo 11/09/2006 00:03

Ah ce cher françois Z. :)